LE CANAL D’IRRIGATION DE LA VALLÉE DES BAUX



1) Aperçu historique :

Le canal de la vallée des baux est le dernier des grands ouvrages d’irrigation de notre région.
Sa mise en eau (de la Durance) sur la totalité de son parcours (canal principal) n’a été effective que le 3 juillet 1914 Alors que :

- le canal St Julien (Cavaillon, Cheval Blanc) remonte au 12eme siècle
- En 1554 A.de Craponne (ingénieur) obtient de Henri II ( Comte de Provence, roi de France, de Sicile et de Jérusalem .. 1547-1559) l’autorisation de dériver l’eau de la Durance de la Roque d’Anthéron jusqu’à Salon de “Crau“, canal prolongé plus tard vers le sud des Alpilles (branche d’Arles et vers Eguières) Moulins, irrigation …
- En novembre 1672, Mgr de Boisgelin, Archevèque d’Aix, Président des états de Provence, continuateur de l’œuvre de Craponne, ordonne la construction d’un canal qui dans son état final devait desservir le versant septentrional des Alpilles, jusqu’au Rhône au nord de Tarascon. Il s’agit  du canal des Alpines. Il fut achevé, tel que nous le connaissons aujourd’hui en 1875, toutes branches confondues, le réseau des alpines septentrionales est de 119 kms .

 


QU’EN EST-IL DE LA VALLÉE DES BAUX ?

 


En 1792, Monsieur Etienne LÉGIER citoyen de la commune de Fontvieille et futur maire, conçut le premier le projet d’un canal destiné à irriguer la vallée des Baux de la prise en Durance jusqu’à la roubine de Lansac à saint Gabriel.
Le 26/05/1892 ce projet fut soumis au tout “jeune “ Conseil Général (Aix, 36 membres). Celui-ci l’approuva.

 


Cependant, ce n’est que le 3 juillet 1914 que l’eau de la Durance arriva jusqu’à nous (Fontvieille).

 


Pourquoi cette longue gestation ? On peut avancer plusieurs explications :
La situation nationale : les troubles de la révolution, les guerres napoléoniènes et la misère qui s’ensuivit… firent passer pour un temps  ce projet au second plan. La difficulté objective d’une telle ambition, technique, financière, politique …

 

La difficulté de concevoir un projet susceptible de recueillir le consentement de toutes les communes de la vallée des Baux ( saine exigence des pouvoirs publics) et, d’aplanir les oppositions à celui-ci : méfiance (combien ça va coûter ?).

 

L’opposition des propriétaires de terres dans les marais, peu nombreux mais influents, qui cherchaient à les mettre en culture et donc, craignaient que le canal et les écoulages qui en résulteraient ne contrarient leur projet (querelle “ des secs et des humides …“ )


2) Les phases de la gestation

- 1839 Demande du conseil municipal de Maussane à la préfecture.
- Le 7/04/1852 le Préfet prit un arrêté instituant des syndicats provisoires dans les communes d’Aureille, Mouries, Maussane, Paradou, les Baux, Fontvieille et Arles dans le but de recueillir des adhésions pour aboutir à la réalisation d’un projet de canal destiné à l’irrigation de ces communes. Les syndicats d’Aureille et de Mouries donnèrent seuls un résultat satisfaisant … (cf rapport M. de Gabriac, ingénieur du service  hydraulique. 25/4/1856 …)

 


Cependant, ce projet d’irrigation de ces seuls deux communes impliquant une concession de 1m3 d’eau dérivée du canal domanial des Alpines resta sans suite par décision du ministre des travaux publics de l’époque au motif que sa réalisation « …rendrait à l’avenir impossible toute irrigation dans les communes inférieures de la vallée des Baux … »

Le 31 octobre 1855 nouveau projet de Gabriac  concernant, celui-ci, toutes les communes d’Aureille à Arles. Nombreuses réunions présidées par le sous-Préfet. Des listes d’adhésion recueillent 1096 hectares souscrits mais, les communes d’Aureille et de Mouries, conservant l’espoir d’obtenir leur propre canal, refusèrent leur concours. Le projet avorte.

10/02/1856 les maires de la vallée des Baux s’adressent au Ss Préfet d’Arles  afin que soient reconstitués des syndicats provisoires dans chacune des communes de la V. des B. l’objectif étant d’aboutir à un syndicat central afin de régler les questions d’intérêt général.

 


Arrêté préfectoral du 9/09/1869 : une commission des maires de toutes les communes fût   chargée d’étudier cette question. M le marquis. de Lespine (propriétaire à Maussane) présenta le 16/07/70 un projet d’association libre conformément à la loi du 21/6/1865.

 

La commission dans une séance du 20 avril 1872 ne crut pas devoir approuver les statuts proposés, le projet Gabriac (ingénieur) “ …étant trop incomplet pour établir d’une manière même approximative l’étendue des engagements qu’aurait contracté chaque assuré … "

 


22/06/1873, date de la formation de l’association syndicale libre, Election dans les communes de Mouries, Maussane, Paradou le 8/06/187. 12 syndics ; M de Grille Maire des Baux est nommé Directeur M. de Lespine Directeur adjoint.

 


760 adhérents s’engagent à mettre 1430 hectares à l’arrosage, mais décident dans les articles 4 et 22 des statuts qu’ils adoptent, que la cotisation des nouveaux adhérents sera égale à une fois et demi celle des associés fondateurs.
(Ce choix  eut pour effet de bloquer les nouvelles adhésions jusqu’au 26/09/1880 date à laquelle le syndicat décida  “ …de proposer à l’AG d’accepter les nouveaux engagements aux mêmes conditions que celle des engagements primitifs … “ cette décision eut pour conséquence d’atteindre la souscription des 2000 hectares nécessaires (cf acte d’association libre doc. Ratye-)


L’exposé des motifs mérite d’être cité :
“ …la population de la vallée des Baux est exclusivement agricole. Une trop longue expérience l’a convaincue que privée plus longtemps d’un canal d’arrosage sa ruine sera complète. A grands frais, de nombreuses plantations de vignes avaient été faites, à peine étaient elles en produit, le phylloxéra  les a complètement détruites. Une sécheresse inouie est venue ensuite et, durant six années, elle a désolé le pays qui s’est trouvé sans légumes, sans fourrage et même à Paradou notamment, sans eau potable. Les céréales ont été atteintes et les oliviers n’ont pu mener leurs fruits à maturité. Ainsi la misère est grande dans nos localités qui tous les jours se dépeuplent, les ouvriers n’ont plus de travail ; les petits propriétaires eux-mêmes laissent une partie de l’année leurs propres terres sans culture, lassés qu’ils sont d’un labeur improductif et, sont contraints pour nourrir leur famille d’aller au loin cultiver un sol de moindre qualité que le leur mais que l’irrigation rend fécond . C’est donc poussés par une impérieuse nécessité que les populations (+/-  12000 habitants), cessant enfin d’attendre du gouvernement la création de leur canal d’arrosage ont pris sérieusement en main le soin de leurs propres intérêts et, de leur initiative privée  se sont formés le 8 juin courant en association syndicale libre comprenant 760 adhérents qui ont engagé 1430 hectares à l’arrosage, 4000 hectares pourront être arrosés par la suite…“.

 

“ ………Considérant d’autre  part que l’irrigation appliquée à la culture de la garance dans nos contrées double le rendement  tout en réduisant de moitié les frais de son exploitation et lui permet de lutter avec l’alizarine artificielle …“

 


Le syndicat de l’association libre délibère à l’unanimité.

 

1) Que l’état veuille bien accorder à l’association libre qu’il représente la concession d’une valeur d’eau de 3M3  à dériver de la Durance  par la voie du canal domanial  des alpines.

 

2) Et, qu’ à cette fin, la prise spéciale projetée en Durance pour la branche septentrionale des alpines soit exécutée le plus promptement possible …“


(le projet concernait  toute la vallée des Baux, Arles et Tarascon compris pour partie)

 


Par Arrêté du 18/9/1875, le ministre des travaux publics autorisa la construction en Durance d’une prise spéciale pour la branche septentrionale des alpines ( débit prévu de 17 m3) pour une dépense évaluée à 322.000 Frs, l’Etat prenant à sa charge 148 000frs, les alpines 74000.
3,5 m3/S pouvaient ainsi être alloués aux besoins de notre canal …
1889, impatience des populations !

 


Grâce à une vigoureuse action à Paris de M. Jules Millaud Maire de Mouries, encouragé par les élus des communes et la population, appuyé par plusieurs députés il obtint du ministre de l’agriculture le vote du sénat
le 9 juillet 1889, d’une loi déclarant d’utilité publique la construction du canal, les députés votèrent ce même texte voté sans modification le 15 juillet …. La loi autorisait : 3m3 d’eau, une subvention de l’état de 666.666 Frs, soit le tiers de la dépense à laquelle devait s’ajouter 333.333Frs voté par le département soit au total 50% de la dépense estimée.

18 mars 1900 l’ASL se transforme en ASA . J. DEISS Président ; P. Révoil, de Bonnecorse,  Ratyé,  …etc
18/10/1900 : l’ASA sollicite du Conseil Général une subvention supplémentaire ; le C.Gal renvoie la question à plus tard.
Avril 1901 déces de M. J. DEISS ,Pdt de l’ASA
20 mai 1901 M. Jules MILLAUD obtient du ministre de l’agriculture la promesse du dépôt du projet de loi afin d’obtenir une subvention complémentaire de 222.000Frs qui ajouté à celle obtenue du département de 111.111Frs ramènerait la part des souscripteurs à 666.333 Frs (au lieu de1 million).
9 septembre 1906 RÉUNION DU SYNDICAT ET DE L’AG.    : Réunion de conclusion avant début des travaux, M. P. Révoil étant Président Le financement est acquis !
Comment ?

3) LE FINANCEMENT

- Estimation de la dépense à 2.000.000 Frs (y compris coût de la prise canal des Alpines) - Part du syndicat dans la dépense : 757 959Frs (intérêts compris de 3,80%) durée 50ans. Somme à emprunter - Valeur de l’annuité :34.084Frs - Les 6 communes concernées( d’Aureille à Tarascon) se portent chacune caution, pour des valeurs distinctes en fonction des superficies souscrites dans chacune des communes, du règlement régulier  de cette somme de 34.084, 96frs.


L’ASA emprunte :

-666.667 Frs auprès de “ la caisse de la société civile de retraites « LES PRÉVOYANTS DE L’AVENIR “ sur 50 ans pour la construction du canal (déclaré d’utilité publique ). La disposition de cet  emprunt est subordonnée à l’achèvement complet des travaux de construction du canal et de ses dérivations.
- 666.667Frs au Crédit Foncier et  Agricole  d’Algérie au taux de 4,50%.
Cet emprunt devra avoir été remboursé au plus tard “ lors de l’achèvement complet des travaux de construction du canal et de ses dérivations soit le 1er juillet 1913. Nota : M. P. Révoil ambassadeur de France, gouverneur de l’Algérie était en outre chef de cabinet du ministre de l’agriculture.
Le canal fut achevé un an plus tard que prévu (seulement) !
(L’identité des ingénieurs nous est connue : -MM. De gabriac, M. Roucayrol, M.Pavilliers …Le dernier entrepreneur fût M. Fallety décédé peu avant l’achèvement de l’ouvrage,quant aux ouvriers ?...)


LE CANAL/ l’œuvre/ Le Chef d’œuvre, Jugez-en …

Longueur : 53 Kms. 7 siphons, 3 superbes aqueducs, 7 tunnels dont celui des clapiers (960 mètres …)

 

Origine : Le partiteur d’Eguières

 

Débit max. : 3,8 M3/S de juin à septembre

 

Superficie irriguée : 2800 hectares, 80% de terres agricoles, 1600 adhérents.

 


N’a pas cessé d’être entretenu, modernisé, amélioré depuis sa mise en service.Les améliorations essentielles sont dues aux travaux réalisés sur la Durance par EDF :barrage de Serre-Ponçon 1955, partiteur d’Eguières 1970, lesquels améliorent considérablement la régularité de nos approvisionnement dans la mesure où la réserve le permet .
(Nous restons en effet  tributaire de l’enneigement et de la pluviométrie, c’est à dire des aléas climatiques) .
Ses ressources propres constituées des cotisations des adhérents sont de l’ordre de 550.000 € suffisent à assurer les charges de fonctionnement dont les deux postes principaux sont les charges de personnel et l’entretien du canal.

Les investissements indispensables dans le cadre d’un “ contrat de programme “ ne peuvent être financés, au delà de 20% de leur montant, par les seuls ressources de l’ASA. Ils étaient jusqu’ici pris en charge pour 80% de leur montant par L’Agence de l’Eau, la Région, le Département.

 

Ce partage est dès à présent sérieusement remis en cause en raison d’une restriction des crédits. Les difficultés qui en résultent ne semblent pas devoir s’atténuer à court terme.